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50 heures pour devenir de "bons parents"

reforme_droit_jeunesse_02Le stage parental: une nouveauté de la réforme de la loi de 65.

Une mesure controversée par les acteurs de terrain.

 

Le stage parental, pour les parents qui éprouveraient un « désintérêt caractérisé » à l'égard de la délinquance de leur enfant, c'est bientôt la réalité. Ce stage devrait être mis sur pied dès le 1er avril 2007. Il pourrait être ordonné par le juge de la jeunesse ou bien proposé par le procureur du Roi. Mais qui organiserait ce stage parental? Combien de temps durerait-il? En quoi consisterait-il exactement? Ca reste encore assez flou. Le plan pour l'aide à la jeunesse de la ministre Catherine Fonck fait bien état de quelques informations. Ce seraient les SPEP qui seraient amenés à prendre en charge ce stage, à raison de 50h pour chaque stage... mais du côté des différents acteurs de terrain, on dit que « rien n'est vraiment précisé ».

50 heures pour devenir de "bons parents"

reforme_droit_jeunesse_02Le stage parental: une nouveauté de la réforme de la loi de 65.

Une mesure controversée par les acteurs de terrain.

 

Le stage parental, pour les parents qui éprouveraient un « désintérêt caractérisé » à l'égard de la délinquance de leur enfant, c'est bientôt la réalité. Ce stage devrait être mis sur pied dès le 1er avril 2007. Il pourrait être ordonné par le juge de la jeunesse ou bien proposé par le procureur du Roi. Mais qui organiserait ce stage parental? Combien de temps durerait-il? En quoi consisterait-il exactement? Ca reste encore assez flou. Le plan pour l'aide à la jeunesse de la ministre Catherine Fonck fait bien état de quelques informations. Ce seraient les SPEP qui seraient amenés à prendre en charge ce stage, à raison de 50h pour chaque stage... mais du côté des différents acteurs de terrain, on dit que « rien n'est vraiment précisé ».

Au delà des détails techniques

Au delà des détails techniques

Le stage parental ne pose pas que des questions de mise en place et d'organisation mais aussi des questions de fond. Premièrement, qu'est-ce qu'un désintérêt caractérisé de la part des parents? Il s'agirait en réalité comme l'explique Sarah d'Hondt, conseillère au cabinet de la Ministre de la Justice Laurette Onkelinx « de sanctionner les parents qui ne sont pas conscients de leurs responsabilités ou qui font preuve de mauvaise volonté en la matière ».

Du côté des acteurs de terrain, on confirme qu'il existe de très rares cas de désintérêt des parents par rapport à leur enfant, comme l'explique Frédéric Launoy, directeur du spep Pep's à Huy : « Quand leur enfant a fait une bêtise, la réaction de certains parents consiste à dire qu'ils ne veulent plus rien faire pour eux. C'est très rare dans l'arrondissement judiciaire de Huy, mais ça arrive. ».

Le choix délibéré de ne pas s'occuper de son enfant délinquant reste donc une exception et la cause du désintérêt peut avoir une autre explication. Pour le substitut du procureur du Roi de Huy, Didier David, « il se peut très bien que les problèmes des parents contribuent à leur désintérêt pour le mineur, mais qu'ils n'aient pas les ressources pour avoir une autre attitude que cette attitude de désintérêt ». Les problèmes évoqués par ce magistrat sont des problèmes d'ordre sociaux ou économiques par exemple. Nombre de familles vivent en effet des situations de plus en plus précaires. « Et même si ils suivaient un stage parental, explique Didier David, dans leurs situations, la priorité ne serait pas d'appliquer les principes éducatifs que l'on va leur inculquer mais plutôt d'arriver à remplir leur frigo et à payer leur loyer. »

En outre, toujours selon Didier David : « Ce n'est pas donner des principes éducatifs sur le tard qu'il faudrait mais c'est permettre aux parents de revaloriser leur image. Dans l'arrondissement de Huy, on se rend compte que les parents ont très souvent perdu confiance en eux. Ils ne sont plus capables de servir de modèle au mineur. » Et la revalorisation des parents, bien que le cabinet Onkelinx s'en défende, risque bien d'être mise à mal. Envoyer les parents en stage, n'est-ce pas un nouveau coup dur pour eux?

Le Conseil communautaire de l'aide à la jeunesse (CCAJ) a en tout cas rendu un avis négatif sur cette mesure, comme l'explique Bernard Devos, vice président du CCAJ : « Le CCAJ propose le retrait de cette mesure dans le sens où elle fait figure de pacotille. Un stage de 50h ne peut pas être très efficace, et en plus, il implique une surresponsabilisation et une stigmatisation des parents. ».

On peut également se poser la question de la décrédibilisation des parents aux yeux de leur enfant.

 

Sanction en perspective

Sanction en perspective

Si ce stage parental n'est pas suivi par les parents à qui ce sera ordonné, le tribunal de la jeunesse peut les condamner à un emprisonnement de 1 à 7 jours et/ou à une amende. Cette sanction donne donc un caractère obligatoire à ce stage. Pour Didier David : « Obliger quelqu'un à suivre un stage parental c'est un peu comme obliger quelqu'un à suivre une thérapie. Il y a peu de chances que ça marche. Ca devrait être une démarche volontaire. »

Si d'ici sa mise en application, le stage parental garde la forme qui lui a été donnée dans le plan pour l'Aide à la jeunesse en Communauté française, deux grands volets composeraient ce stage : un volet individuel et un volet collectif. Ce dernier réunirait les parents afin qu'ils partagent leurs expériences parentales. Cette pratique va à l'encontre du code de déontologie de l'aide à la jeunesse qui prévoit un respect du secret professionnel, notamment en ce qui concerne la diffusion d'informations à propos des bénéficiaires de l'aide...

Tout ce débat sur le stage parental pose aussi simplement la question de savoir ce que c'est « être de bons parents ». Si une recette miracle existait en 50h, ne serait-elle pas déjà connue... et les services existants pouvant venir en aide aux parents ne l'auraient-ils pas déjà appliquée?

 

Epinglé - l'exemple français ?

Epinglé – l'exemple français?

A l'instar de la Ministre de la Justice Laurette Onkelinx, le Ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, compte bien rendre la mesure du stage parental obligatoire. Bien avant que cela n'entre en vigueur, il a déjà quelques adeptes dans – heureusement – peu de parquets. Le climat sécuritaire et la tendance à responsabiliser les parents à outrance par rapport aux faits de leurs enfants a le vent en poupe chez nos voisins. Aucun débat de fond sur les causes réelles de cette délinquance, sur une jeunesse parquée dans des cités, sur la précarisation de certaines familles ne semble être envisagé par le Ministre de l'Intérieur. Cela fait peur, tout comme les propos de cette magistrate, Maître Lazaire, qui a instauré le stage parental à Toulon. Rappelons que de 1998 à 2002, la ville de Toulon était aux mains d'un maire d'extrême droite, et que peut-être, ce stage parental a été pensé dans un climat peu enclin à la modération.

 

Interview - Le parquet de Toulon : précurseur du stage parental

Le Parquet de Toulon : précurseur du stage parental

Interview

Quelques parquets français comme ceux de Toulon, Poitiers ou Senlis ont mis en place la mesure du stage parental. Il ne s'agit jusqu'à ce jour que d'initiatives locales, sans aucune obligation légale. Mais il semble que Nicolas Sarkozy veuille que cette mesure devienne nationale. Maître Lazaire, en octobre 2002, à l'époque Vice procureur de la République à Toulon, fut l'instigatrice au parquet de Toulon du stage parental. Actuellement attachée au parquet de Marseille, Maître Lazaire explique les motivations qui l'ont conduite à mettre en place le stage parental. Entretien : Amélie Jamar – 26 septembre 2006.

Comment vous est venue l'idée d'instaurer le stage parental à Toulon?

J'avais 10 ans de 'parquetier mineur' derrière moi. Au bout d'un certain temps, on réfléchit à différentes problématiques. On n'est plus dans l'urgence. J'ai donc trouvé que ça valait le coup de travailler sur des parents particulièrement défaillants.

Comment réagissent les parents à l'annonce du stage?

Les parents, vous savez, ils sont toujours opposés quand la justice se mêle des choses qui soit disant ne sont pas son affaire. Pour eux, on ne devrait pas toucher à l'éducation, c'est quelque chose qui se passe à l'intérieur de la maison. Quand ils voient qu'il y a un article du code pénal qui permet de les poursuivre s'ils n'ont pas éduqué leurs enfants correctement, ça les fait bondir. Et puis ils s'y font. C'est juste un moment d'émoi à passer.

Vous pointez du doigt les parents en tant que responsables de la délinquance de leurs enfants mais n'y a-t-il pas une part de responsabilité du côté de la société avec une précarisation de plus en plus grande par exemple?

S'il fallait en plus condamner la société, le code pénal serait très gros! Il y a peut-être tout à refaire. On peut déjà commencer par l'éducation des mineurs. Elle est un peu loupée. Donc ça veut dire que les parents ont un peu échoué dans leurs missions. L'enfant est devenu roi. Il fait ce qu'il veut, il mène son monde. Ce n'est pas au mineur à mener son monde! L'éducation nationale a échoué aussi et après, les jeunes arrivent devant la justice. On est le dernier maillon et il faudrait qu'on ait la solution miracle. On ne l'a pas.

Ce n'est pas avant la justice que des services devraient aider les parents en difficulté?

Oui mais moi je suis au niveau de la justice, alors ce qu'il se fait avant ou pas, je n'y peux rien. C'est peut-être même à la confection des enfants qu'il faudrait arriver... Vous allez dire que je suis dans la lignée de Sarkozy, mais je ne voudrais pas qu'on me taxe non plus d'avoir un discours politique.

Si on en revient au stage parental, vous n'avez pas peur qu'il décrédibilise les parents aux yeux des enfants?

Non. C'est une responsabilité à chacun des niveaux. Je crois qu'il ne faut pas prendre les mineurs pour plus naïfs qu'ils ne sont. Si ils savent que leurs parents peuvent être responsables de certains actes, ça va les responsabiliser doublement. Certains mineurs peuvent réagir différemment si on leur dit

« attention, si tu continues dans cette voie, et que tes parents ne t'incitent pas à changer, c'est eux qui vont être responsables  ». Certains jeunes se sont définitivement calmés parce qu'ils préfèrent répondre eux-mêmes de leurs actes. Ils ont quand même leur honneur. Il ne faut pas toucher à leurs parents.

Vous avez rencontré une opposition à l'instauration du stage parental?

Oui parce que certains pensaient que c'était une commande du gouvernement. Alors que je peux vous assurer qu'un magistrat même au parquet, n'est pas si dépendant que ça!

Et aujourd'hui, le stage parental est toujours d'application à Toulon?

Il n'y a plus de volonté des éducateurs de travailler sur un tel projet. Si j'ai pu le mettre en place à Toulon, c'est parce qu'il y avait des bonnes volontés à un moment donné. Et puis après, elles tombent à l'eau parce qu'un directeur s'en va etc. Les éducateurs ne veulent pas travailler avec les parents. Pour eux, leur mission doit se centrer sur les mineurs. Alors que si les mineurs sont dans l'état dans lequel ils sont, c'est essentiellement dû à l'éducation que donnent les parents qui a été défaillante à un moment donné. Je trouve ça assez stupide de raisonner uniquement sur le mineur. J'ai l'impression qu'on travaille à l'envers. Il vaudrait mieux d'abord travailler sur les parents et ensuite seulement sur les mineurs.