Les assassinats perpétrés contre la rédaction de Charlie-Hebdo doivent être condamnés sans équivoque, la violence ne pouvant se substituer au débat d'idées. Les réactions innombrables condamnant cet acte terroriste ne peuvent qu'être partagées.

Il s'agit en effet de défendre les libertés que nous avons mis des siècles à conquérir.

Mais nous avons assisté dans ce contexte à l'adoption en chaîne d'un « slogan » par une série de personnes ou d'institutions affirmant « être Charlie ». Certains ont franchi un pas de plus en croyant pouvoir s'exprimer au nom de tous : « Nous sommes tous Charlie », a-t-on pu lire ou entendre.

Un tel unanimisme décrété n'est pas sans poser question – sans parler ici de ses tentatives de récupération à des fins commerciales.

Nous avons affaire en l'occurrence à la quasi imposition à une identification paradoxale à un organe de presse qui est le premier à vouloir pourfendre les baudruches du sens commun.

Ce processus d'affirmation identitaire imposée (« nous sommes tous... ») nous paraît mériter dès lors une attention critique qui n'est pas simple à mettre en œuvre : il s'agit de bien faire la distinction entre le rejet de la violence terroriste envers la presse critique et la critique de la forme consensuelle dans laquelle ce rejet s'est finalement exprimé.

En tout état de cause, il paraît peu pertinent de s'identifier à la critique si on ne s'efforce pas, dans le même mouvement, d'être critique par rapport au geste d'identification lui-même.


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