RTA – Newsletter Intermag 2021 / 6

 
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Ces créatures qui cadastrent nos vies – n°1 : indicateurs, vocabulaires, tendances

RTA2021

 

Que nous indique l’obligation de recourir à des indicateurs ?

Par Jean Blairon

Le recours à des « indicateurs » se généralise dans nombre de secteurs, y compris dans l’associatif, au point de paraître incontournable pour une bonne gestion. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’ils font partie de ce que les sociologues de l’innovation nomment des « créatures », soit des « acteurs non humains » : technologies, techniques, concepts, procédures, etc. Ils sont conçus dans des lieux qui appartiennent à la pensée dominante, et, en se répandant – en s’imposant – dans le corps social, ils contribuent à la domination.

Pour le secteur associatif, le recours systématique à des indicateurs est contre-productif, si ce n’est parfois antinomique des missions elles-mêmes. Ainsi, comment peut-on a priori et à long terme décrire des indicateurs d’une action où tout se jouera dans la co-construction avec les publics, et est donc par définition improgrammable ? C’est le cas, par mission, pour l’éducation permanente. Comment dans ce cas pratiquer la démocratie culturelle chère à Marcel Hicter ?

 

 

Les conditions de l’employabilité – Pour la prise en compte de l’analyse des premiers intéressés

Par Oleg Bernaz

Le 14 septembre 2021, la Fédération des CPAS wallons organisait ses Etats Généraux de l’insertion, autour de la question de l’employabilité. La fédération souhaitait proposer une prise de recul pour réfléchir à cette notion, qui fait l’objet de positions en sens divers ; elle justifie cette initiative de la sorte : « Alors que depuis des années, l’accent est mis sur l’emploi comme voie prioritaire à l’insertion des personnes, il nous a semblé pertinent de questionner cette notion. Les chiffres continuent à montrer que tout le monde n’y accède pas : parfois parce qu’il n’y en a pas suffisamment, parfois parce que la personne n’a pas les qualifications ou l’expérience requises mais, parfois aussi, parce que l’emploi n’est pas possible pour cette personne à moyen ou à long terme. Des orientations sont prises par les autorités pour répondre à cela : certaines tendent à considérer que tout le monde doit avoir la chance d’accéder à un emploi et d’autres qu’il faut préserver certaines personnes particulièrement vulnérables de la pression liée à cette recherche d’emploi ». Les personnes invitées à débattre étaient Paul Timmermans, Président de la Commission Emploi Formation de l’Instance-Bassin Hainaut sud et Président de la Mirec, Jean-François Orianne, Professeur de Sociologie à l’Ulg, et Oleg Bernaz, chercheur et superviseur à RTA.

En s’appuyant sur une série d’entretiens réalisés avec des personnes touchant le seuil de la pauvreté, Oleg Bernaz interroge la croyance néolibérale selon laquelle nous sommes tous employables. Pour sortir de la fausse alternative « tous employables ou pas ? », il convient de comprendre les conditions de la mise à l’emploi tout en évitant le raisonnement des groupes dominants. Les conclusions qui s’esquissent dans le sillage de cette analyse font valoir l’importance des nouvelles solidarités collectives ainsi que le rôle qu’y jouent les institutions en tant qu’elles promeuvent l’idéal d’une société plus juste et donc plus égalitaire.

 

 

L’éducation permanente (mise) à distance ?

Par Jean Blairon

Dans toutes sortes de secteurs d’activités, la pandémie a imposé un arrêt brutal des activités ou des adaptations majeures de celles-ci. C’est le cas de beaucoup d’activités d’éducation permanente dans leur dimension de rencontre, d’animation, de formation ou de mobilisation collective qui ont été tout simplement frappées d’interdiction.
Bien des associations ont tant bien que mal cherché à inventer des voies alternatives, des succédanés, des chemins de traverse : formations en distanciel, visio-réunions, plateformes de partage ont plus ou moins peuplé le quotidien d’un télétravail décrété comme obligatoire.
Beaucoup de secteurs ont connu une situation similaire et il s’est trouvé de nombreux chantres de la « modernisation » pour qualifier ces situations de « basculement dans un progrès », qui avait enfin pu vaincre les résistances qui l’empêchaient auparavant d’advenir.
Si bien que maintenant que la pandémie semble reculer, une controverse se dessine, comme d’ailleurs pour le télétravail : ne faut-il pas tirer enseignement des expériences qui se sont passées et transformer les pratiques pour « accueillir » la nouveauté ?

Questionner la question, c’est sans doute la première exigence réflexive, et elle nécessite de nous poser au moins trois gestes réflexifs indissociables : – se demander quel « format » ou quel « modèle » va préluder au questionnement ; – relier la question aux enjeux globaux dans lesquels la réponse que l’on apportera au questionnement va produire des effets ; – identifier ce que peut nous faire perdre la manière dont on va prendre en charge le questionnement.
Cette analyse développe ces trois points.

 

 

Octobre 2021

1, Rue des Rèlîs Namurwès
B-5000 Namur
Belgique

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