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«Ils profitent de l'ignorance, de la naïveté et de la faiblesse de certains pour les mettre sous le tapis.»
(Focus group des familles)

PV du Focus group, approuvé par les participants

Introduction

Depuis plusieurs mois, un groupe de services verviétois, à l'instigation de l'AMO Options, s'est proposé de faire un état des lieux des difficultés rencontrées par les services sociaux dans la prise en compte de la parole des familles. Après avoir fait un certain nombre de constats, le groupe a décidé de compléter son travail par la consultation de familles, sous la forme de focus groups. Une dizaine de familles ont été contactées et ont répondu à l'appel. Trois séances de 2h30 environ ont été organisées, encadrées par Options et RTA.

La présente synthèse se veut aussi fidèle que possible aux propos des participants ; elle a d'ailleurs été avalisée par eux en séance. L'option a été de conserver les citations des personnes et de les structurer en thématiques.

Les éléments qui présentent, aux yeux des familles, d'importantes difficultés au niveau de l'écoute sont les suivants.

1. Un déficit de capitaux en leur défaveur : " c'est la condition sociale qui compte "

Les familles ont le sentiment que leur condition sociale détermine nettement l'interaction avec les instances, notamment au SPJ. Elles ont le sentiment que, face à des parties adverses dotées d'un capital économique, social, culturel et symbolique supérieur, elles partent perdantes.

  • Le capital économique (les moyens financiers) paraît malheureusement déterminant dans la représentation des familles. Tout semble joué d'avance du moment qu'on a les moyens ou non. " La famille du père a les moyens, alors lui, on l'écoute " ; " j'ai tout perdu du jour au lendemain, et du coup je n'étais plus personne. Quand tu es SDF, on ne te prend pas au sérieux ". " On est pauvre, on est seul, il n'y a pas moyen de trouver un avocat, ni pro deo, ni même payant. Personne n'en veut ". " Je n'avais plus rien, mais j'ai tout fait pour que mes enfants soient bien, ils me réclamaient, mais ils n'en tiennent pas compte ". " S'ils viennent ouvrir le frigo la veille du jour où tu fais les courses, tu es foutu. " " Un homme seul, pas moyen d'avoir un logement social avec trois chambres parce que tu n'as tes enfants que le week-end, et sans les trois chambres, on ne te donne pas tes enfants le week-end ". " Tu es déchu de tes droits mais pas déchu des paiements. Tu paies, et si ton enfant, qui a été placé et que tu vois une heure par mois, tourne délinquant, on dira encore que c'est de ta faute. "
  • Le capital social (le réseau social qu'on peut mobiliser, les personnes qu'on fréquente) est directement lié : "Le père et le Directeur, ils parlent le même langage, alors ils se comprennent. Moi je gueule, je suis la mauvaise " ; " Je m'étais remis avec une personne toxicomane, alors on a considéré que je ne pouvais pas être un bon père, même si moi je n'étais pas toxicomane ". " Si tu n'es pas derrière les gens les plus faibles pour les aider, ils se laissent aller ". " Mon fils était placé loin, je passais des heures dans les bus tous les jours pour aller le voir. Je me suis accrochée, parce que quelqu'un dans mon entourage m'a dit, j'ai confiance en toi, je sais que tu vas te battre. C'est ce que j'ai fait. Sans ça, et sans l'AMO qui m'a aidée, je n'aurais pas eu le courage ". " Je suis sortie du home à 17 ans, je n'avais pas la moindre idée du fait qu'il existait des services pour m'aider, pour me trouver un logement. On ne nous apprend rien dans les homes, ni à cuisiner, ni d'éducation sexuelle, rien, et tu te retrouves avec le ballon. " ; " L'AMO, j'ai appris que cela existait par le bouche à oreille. Heureusement.".

    La culture populaire ne semble pas éligible aux yeux des mandants, les familles se sentent incomprises dans leur fonctionnement même. " Il vaut mieux être étranger que belge, parce qu'on ne t'embêtera pas si tu vis toute une famille dans une pièce, ils diront, c'est leur culture. Si c'est moi, je ne pourrai pas ". " J'ai obtenu un appartement avec le nombre de chambres qu'il fallait, ça a été la croix et la bannière, mais la déléguée a dit que je devais faire des travaux en plus pour une douche parce qu'on ne peut laisser une adolescente sortir de la douche devant tout le monde ". " Pas moyen de donner une baffe d'éducation, c'est la police direct. Pourtant, moi, mon beau-père m'en a retourné une autrefois -j'en tourne encore- parce que j'avais fait une énorme connerie, je te prie de croire que je n'ai pas recommencé. " ; " Il n'y a pas moyen d'éduquer nos enfants comme on l'a été, les gamins ont tous les droits et ils le savent " ; " Moi, je n'arrêtais pas de me battre avec mes frères et sœurs et je trouvais ça normal : on était inséparables. Inséparables, je vous dis. Touche pas à mes frères et sœurs ou gare à toi "; " Depuis l'affaire Dutroux, on n'ose plus la moindre petite fessée. On confond la violence, la maltraitance et l'éducation ". " Il faut que je trouve une solution pour ma fille, je n'arrive pas à la cadrer et mon mari qui est marocain ne supporte pas qu'elle me manque de respect, la mère c'est sacré ; ça va finir par faire encore des problèmes ". " Le directeur ne voulait pas admettre que mon beau-père était le grand-père de mes enfants, pour être tuteur. Moi mon père biologique, c'est pas mon père. Mon beau-père, c'est lui qui nous a donné la tartine à la mère et à nous, alors c'est lui le grand-père de mes enfants, point final. " ; " La loi, c'est pas fait pour les familles monoparentales, les familles recomposées, tout ça. C'est fait pour les familles nickel, et il n'y en a pas beaucoup ".
  • Le capital culturel (le bagage intellectuel et scolaire, le savoir) joue également. " Je parlais très mal, j'avais des difficultés avec le français, ça n'allait pas. Maintenant, ça va mieux, on m'écoute ". " Moi, tout ce que je voulais, c'était être avec mes enfants, et j'ai eu droit à un discours de psy auquel je n'ai rien compris, et 7 ans plus tard, on est toujours au même stade. "
    La connaissance des arcanes juridiques n'est pas donnée à tout le monde, et certains se sentent totalement démunis. Dans le groupe, certains ont acquis de grandes compétences dans le domaine, mais c'est au prix d'une longue " carrière " dans les dédales de l'aide à la jeunesse et de beaucoup de souffrance. " Pour ton cas, il n'y a que l'article 37. - C'est quoi ça, l'article 37 ? " " Je me suis battue dix ans pour mes enfants et j'y suis arrivée - quand même, c'est pas normal qu'il faille dix ans. - Quand tu n'y connais rien…". " Mais bon sang, il y a des recours possibles, il faut vous bouger - Mais comment on peut le savoir ? ". " Je ne vais tout de même pas passer ma vie devant un tribunal ". " Le décret de l'aide à la jeunesse, des jours sur internet pour le trouver. Il est planqué derrière la Joconde. Et pour comprendre… ". " Quand on est encadrés par des services de toutes sortes, on se dit qu'on ne sera jamais les plus forts : eux savent où ils doivent aller, pas nous. ". " Au début, je croyais qu'au SAJ j'étais obligée de signer. Je m'écrasais, je disais amen à tout pour ne pas avoir plus de merdes. " ; " Ton avocat, tu le vois 5 minutes avant l'audience et tu dois déballer tout ton truc là, au milieu de tout le monde, et comprendre ce qu'on te veut. ". " Ils profitent de l'ignorance, de la naïveté et de la faiblesse de certains pour les mettre sous le tapis ".
    Pour le groupe, l'isolement accroît le fossé, et un collectif serait bienvenu pour s'entraider.
  • Le capital symbolique (l'image, la réputation) est essentiel pour les familles : ils évoquent leur fierté. " J'ai été placée quand j'étais petite, et je me souviens comme j'ai méprisé mon père. Quand on a pris mes enfants, je me suis dit que je ne voulais pas qu'ils me méprisent ainsi, qu'il fallait que je me batte". Ce besoin d'être debout coûte que coûte mène parfois les familles à des mouvements de balancier dans l'expression. " On n'ose pas aller contre le pouvoir. " " Au début, je n'osais rien dire, puis à la fin, j'explosais. ". " On passe de faible à violent, et le psy déclare qu'on est anarchiste ". Le sentiment de devoir sauver sa fierté radicalise les positions : " je n'accepte pas d'être jugée par quelqu'un qui a les mêmes problèmes que moi, sauf qu'il est du bon côté de la barrière ". " Il faudrait que je baisse les yeux, mais je ne les baisserai pas ". " Si tu ne gueules pas, tu n'obtiendras rien ". Gueuler est souvent considéré comme la seule forme de fierté accessible pour ces familles : elles n'ont plus que ce moyen et le déplorent. " C'est toujours les mêmes qui paient les pots cassés, et pour qu'on t'entende, il faut passer les limites de la bienséance. Ca leur écorche les oreilles alors ils entendent. Sinon, on te met sous le tapis " " Il devrait quand même y avoir moyen de se défendre sans être vulgaire, mais c'est vrai que des fois, tu sors de tes gonds. ". " Quand la déléguée qui voulait que je fasse des activités avec les enfants m'a demandé où je trouvais l'argent, je lui ai répondu que je mettais mes mains où elle ne mettrait pas son cul. Si j'habille mes filles en seconde main et que cela a l'air neuf, cela ne la regarde pas. ". " J'ai écrit une lettre de 10 pages, j'ai reçu une réponse de 5 lignes longtemps après. Et on ne devrait pas se sentir méprisé ? ".

    Les familles veulent être de vraies familles pour leurs enfants, et tout ce qu'on leur enlève est symboliquement très lourd. " Je n'ai pas pu aller à la communion du petit, vous vous rendez compte ? ". La réparation symbolique est essentielle. " J'ai été déchue de mes droits, je vais les récupérer, et je veux que ça se passe de la même manière et qu'on le reconnaisse. Pour ma fille. Parce qu'on a dit que je n'étais pas capable, alors que j'ai élevé ses sœurs. ". Il est essentiel pour les familles que leurs enfants aient de l'estime pour elles, et elles gardent toutes les traces de leur parcours du combattant. " Ma fille m'a dit : tu n'a jamais rien fait pour moi, alors je lui ai dit, comment ça, rien ? et je lui ai sorti tout le dossier épais comme ça ".

    Le sentiment de l'étiquetage est omniprésent : " les mandants ont une sale mentalité, ils ne voient que le passé des parents, pas le futur. J'ai arrêté de boire depuis des années, mais je suis toujours l'ivrogne pour eux. Pourtant, il m'arrive d'être reçu par quelqu'un qui a une bière sur son bureau, mais c'est moi le buveur. ". " La chute, c'est terrible. Personne ne donne d'outil pour s'en sortir, on n'est pas préparé à chuter. On a l'impression d'être un clou qu'on enfonce de plus en plus ". " Un passé, tout le monde en a, mais on ne pourrait pas aller de l'avant ? Tirer un trait, une fois pour toutes ? ".

L'impression qui prévaut est qu'on ne prête qu'aux riches (riches en argent, en réseau social ou en arguments). Au final, c'est le capital symbolique (l'image) qui se détériore, parfois définitivement, aux yeux des instances, comme aux yeux des personnes elles-mêmes ou de leurs enfants. Les pères ont le sentiment d'être les parents pauvres dans le dialogue (" C'est beaucoup plus dur pour les hommes que pour les femmes, surtout quand on a des filles : on est tout de suite soupçonné d'attouchements. " " On nous en demande beaucoup plus qu'aux mères, et même quand on le fait, on en a moins, on voit moins nos enfants ". " Dans les divorces, les enfants sont pris en otage, et c'est souvent au détriment des pères." L'inverse est vrai aussi.

Les familles développent des systèmes défensifs qui ont des effets paradoxaux. " On devient dur comme du béton, on peut être aussi gentil qu'on veut, on devient du béton ; plus rien ne peut t'atteindre. ". " Avec ma fille, je n'arrive même plus à la prendre dans mes bras, pourtant j'ai des élans vers elle, mais je n'y arrive plus, il y a quelque chose qui me bloque. "." A part enterrer un enfant, il n'y a pas plus grand malheur que de se voir retirer un enfant. C'est un choc terrible. Quand un homme, ou une femme, t'a fait plein de crasses et qu'on t'a retiré ton enfant, comment veux-tu te reconstruire après un choc pareil ? Comment veux-tu encore faire confiance à un homme, à une femme, avoir d'autres enfants sans t'angoisser, sans avoir peur que cela ne recommence ? Tu ne peux plus faire confiance à personne. Il faut que les instances comprennent qu'on vit avec ça tout le temps, cette douleur, cette angoisse, cette peur, cette impossibilité de reconstruction sociale et affective, et que cela ne rend pas aimable. Personne ne te remboursera jamais ta douleur."

2. Des paradoxes dans le fonctionnement des instances et des services sont pointés par les familles.

  • Selon leur vécu, les familles posent un regard très positif ou très négatif sur les mandants. " Avec le SAJ, ça va tout seul, mais avec le SPJ… ". " Le SPJ a sauvé mes enfants, je n'étais pas capable de m'en occuper et je ne m'en rendais pas compte. Ils ont résisté à mes insistances et ont permis que je me rende compte petit à petit, alors maintenant ça commence à aller mieux. Mais il faut être capable de collaborer et c'est difficile ". Cependant, au-delà de cette vision subjective, un constat est partagé par tous : il y a des variantes extrêmement importantes d'un arrondissement à l'autre. " Au SAJ de x, cela n'allait pas du tout, et depuis que j'ai déménagé, ici, le SAJ m'écoute et cela se passe bien. ". " Le SAJ de Verviers a pris la décision contraire de celui de X. Vous trouvez cela normal ? ". Variantes également très perceptibles selon la personne qui prend en charge le dossier. " Avec cette déléguée, c'était toujours crispé. Avec la nouvelle, je m'entends. Il faudrait pouvoir changer de délégué. ". Même constat du côté des services. " Les services, ils se tirent parfois dans les pattes. Un te dit blanc, l'autre noir ".
  • L'appréciation du danger, aux yeux des familles, ne semble pas constante d'un endroit à l'autre, ni d'un moment à l'autre. " On a placé ma fille parce que je n'étais pas soi-disant capable de m'en occuper, et maintenant qu'elle a 17 ans, l'institution n'en veut plus, on me la renvoie, et voilà. Alors, je suis capable ou pas capable ? Je n'en sors pas avec elle, je demande de l'aide et maintenant que c'est moi qui demande, plus rien ". Le sentiment qui prévaut est qu'il y a deux poids, deux mesures, et les familles ne comprennent pas quel est le critère qui compte le plus. " J'étais mineure, je fumais et je n'allais plus à l'école. On a placé mon enfant chez son papa, pourtant il n'avait pas de travail. Je connais des gens qui fument et ont des enfants, mais ils sont considérés comme malades, alors on ne les ennuie pas. Quand je me suis remise avec le papa, en 5 minutes, le dossier a été fermé. On a regardé s'il faisait propre chez moi et c'est tout. ". " Ils font ce qu'ils veulent, au petit bonheur la chance. Cela dépend sur qui ça tombe. ". " Des fois, ils te tombent dessus comme ça, et d'autres fois, tu demandes et il ne se passe rien. On cherche, qu'ils te disent. Pendant trois mois, ils te disent qu'ils cherchent, mais qu'en même temps tu n'es pas capable, et toi tu as le gosse ". " Il faut faire la preuve qu'on peut être de bons parents, mais comment voulez-vous prouver quoi que ce soit quand vos enfants sont placés ? ". " Ce que j'aimerais, c'est que le directeur me dise dans quel livre on trouve les principes éducatifs et je l'achète tout de suite. Le livre qui dit que celle qui ne donne pas de bonbons à son gosse est la bonne et celle qui en donne est la mauvaise, ou l'inverse, va-t-en savoir. ". " Parfois je me dis : qu'ils arrêtent de regarder la paille qui est dans mon œil et qu'ils regardent la poutre qui est dans d'autres yeux. ". " Je me suis battu avec mon gamin de 15 ans, il me les fait toutes, mais toutes. J'ai fait appel au SAJ et on me dit qu'il n'y a pas de place. On place des enfants qui ne devraient pas l'être et il n'y a plus de place pour ceux qui en ont besoin. ". " Moi j'ai amené le gosse devant la porte du SPJ et j'ai dit je ne bouge pas d'ici ; ils ont trouvé une solution tout de suite ".
  • Un autre paradoxe pointé est celui qu'on pourrait qualifier de syndrome de Sisyphe (dans la légende antique, Sisyphe ayant désobéi aux dieux, fut puni d'un châtiment perpétuel : il devait pousser une lourde pierre sur une pente, et une fois arrivé au sommet, elle roulait en bas, et il devait recommencer). Les mandants mettent une série de conditions aux parents, et quand cela est acquis, on en met d'autres. Cela est ressenti comme une chaîne sans fin par les familles, qui ne voient pas le bout de la quête. " C'est marche ou crève ". " On a dit que je devais me faire suivre, puis on m'a reproché de changer tout le temps de service. Au tribunal, on m'a dit que travailler avec l'AMO, c'était pas suffisant ". " Dans les réunions avec le home, on disait que je n'étais pas assez collaborant, alors j'ai fait un effort pour parler de mes problèmes, et là-dessus on a dit que j'étais dépassé ". " On nous dit, vous devez solliciter le home, pas rester comme ça sans contact, et quand on le fait, le home nous dit, pas le temps, on est débordé. " " Une fois, je suis allé trouver la conseillère de ma propre initiative, on m'a envoyé paître en disant que je n'avais pas de rendez-vous. " " C'est très dur d'être SDF. Je devais trouver un appartement, je l'ai fait, puis les conditions ont augmenté, il fallait trois chambres pour les enfants, comment voulez-vous que je paie ? ". " C'est tout le temps des messages paradoxaux. On m'a dit que je devais travailler, et une fois, la veille d'un week end, j'ai prévenu que je ne pourrais prendre les enfants parce que j'avais eu un beau contrat de dernière minute pour tout le week end. On m'a dit alors que ça n'allait pas, que je devais choisir entre mes enfants et le travail. Vous avez les moyens de cracher sur une paie, vous ?". " Ils observent comment vous vous débrouillez avec les enfants, ils vous voient une heure par mois et vous êtes catalogués. Moi ils m'ont dit que je devais faire des activités avec les enfants. Je les ai emmenés à Walibi, j'ai fait plein de trucs avec eux, alors on m'a dit qu'il fallait rester dans la réalité des choses. Je suis passé de trop sévère à trop laxiste. ". " Pour 5 enfants, ce qui était imposé, c'était piscine, patro, basket. Et si je leur paie, ils me demandent où je trouve l'argent. "
  • Le looping peut être un des effets de ces paradoxes. Le looping est un des mécanismes de l'institution totale décrits par Goffman. Celui qui est en position dominée réagit mal à un acte du dominant, et sa réaction est récupérée comme justification pour une radicalisation de l'action. Ainsi, quand les gens explosent, ou qu'au contraire, ils se prostrent, le retour de bâton peut être douloureux.
    " On explose parce qu'on se sent écrasé, sans issue. Le directeur a failli prendre des baffes. Ca n'a pas arrangé mon affaire ".
    " On passe par une phase où on baisse les bras, on ne sait plus faire autrement. Et alors on devient incapable aux yeux du mandant. Pourtant, il faudrait qu'un mandant puisse se dire que cela fait partie de la trajectoire de baisser les bras. Ce n'est pas pour la vie ".

Recommandations

Adapter le point de vue

  • Sortir des clichés sur le couple et la famille et adapter la législation aux familles monoparentales, recomposées et élargies.
  • Avoir droit à plus d'égalité, ne pas payer le fait d'avoir des capitaux faibles ; avoir les mêmes droits qu'on soit père ou mère.
  • Ecouter davantage les enfants, trop souvent pris en otage ou manipulés.

Permettre des recours

  • Créer une instance qui ait un droit de regard et de vérification sur les SAJ et SPJ, une sorte de délégué général par province, ou un mandant mobile, qui puisse venir à la rescousse des instances locales.
  • Pouvoir plus facilement avoir accès à l'article 37
  • Pouvoir choisir son SPJ, son psychologue, etc. Pouvoir changer de délégué le cas échéant.
  • Pouvoir prendre copie du dossier complet.

Augmenter les aides

  • Avoir davantage de services comme les SAIE, qui sont des services très efficaces, et qui peuvent négocier avec les instances parce qu'ils ont une légitimité, constituent un tiers entre les parties et rassurent les inst ances.
  • Pouvoir obtenir un avocat d'office, qui soit spécialisé dans le domaine.
  • Rendre le discours juridique plus compréhensible et plus accessible
  • Rendre les audiences moins impressionnantes et permettre le huis clos pour les affaires qui concernent les enfants.

Augmenter le dialogue

  • Pouvoir dialoguer dans un bureau plutôt que dans les couloirs du tribunal ; se réunir dans un lieu neutre (AMO…) et non au SPJ.
  • Ne pas être jugés sur des données aussi ténues que celles recueillies 1h par mois.
  • Organiser une rencontre entre les familles et les services qui font partie du projet (sur le modèle des conférences citoyennes).