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Carrefour Jeunesse de Charleroi - Une action communautaire sur la circulation de l'information

Interview de Karine Joliton - Service Droit des Jeunes de Charleroi

1. La création du réseau

Karine Joliton - Service Droit des Jeunes de Charleroi

Le SDJ de Charleroi est à l'origine de cette initiative du Carrefour Jeunesse. Quel est le contexte de départ? Pourquoi le SDJ s'est lancé dans cette aventure?

En 2002, puisque c'est à ce moment-là que le projet est né, nous constations déjà depuis plusieurs mois et dans le cadre de nombreuses situations, que des jeunes et des familles rencontraient des problèmes au niveau de leur défense, ou en tout cas au niveau du soutien dont ils bénéficiaient, parce qu'il y avait vraiment un problème de communication entre les professionnels du secteur judiciaire et les professionnels du secteur de l'Aide à la jeunesse, services privés et autres services d'ailleurs. On se rendait compte que finalement ces difficultés que constataient les jeunes au quotidien dans leur situation étaient souvent dues à un manque de connaissance de la part des professionnels de ces secteurs différents. Et on s'est dit finalement «pourquoi ne pas essayer de mettre ces professionnels en présence et de travailler tous les préjugés que chacun pouvait avoir à l'égard de l'autre?». Le manque de communication, le manque de dialogue, c'était vraiment un des points de problèmes principaux. Donc il nous a semblé important, dans le cadre de nos actions communautaires, de pouvoir proposer ce temps de dialogue, ce temps de rencontre entre ces professionnels pour travailler vraiment à une meilleure communication. Donc tout naturellement, nous avons pris contact avec le barreau de Charleroi pour voir ce qui était possible de mettre en place, et le projet est né à partir de ce moment-là. Nous avons pris, ici au service, notre bâton de pèlerin et nous sommes allés rencontrer les différentes institutions du secteur de l'aide à la jeunesse de Charleroi, pour voir les difficultés que eux constataient éventuellement par rapport aux jeunes qui étaient placés chez eux ou qu'ils accompagnaient dans le cadre de leur travail. Est-ce qu'il y avait des problèmes de communication, de dialogue? On a vraiment fait un inventaire de toutes les difficultés qui ont été rencontrées. Et sur cette base on a proposé une première rencontre, pour mettre ces difficultés en commun et déjà commencer quelque part le travail de contact et voir par la suite comment est-ce qu'on pouvait avancer ensemble sur ces difficultés.

2. Une action communautaire

Karine Joliton - Service Droit des Jeunes de Charleroi

Comment expliquer que le SDJ finalement soit à l'origine du projet? Est-ce que le SDJ a une légitimité particulière, au carrefour de ces mondes?

Effectivement, nous sommes un service d'aide en milieu ouvert du secteur de l'Aide à la jeunesse, service de première ligne, et nous avons également la particularité d'utiliser le droit comme outil de travail. Ce qui fait que nous sommes effectivement à la marge de ces deux mondes. Légitimité donc de ce fait-là, mais également légitimité parce que, en tant que service d'aide en milieu ouvert, nous devons mettre en place des actions communautaires. Les actions communautaires visent à résoudre globalement les difficultés que les jeunes et les familles rencontrent au quotidien. Quand par nos simples actions individuelles nous ne pouvons pas parvenir à résoudre ces difficultés, alors les actions communautaires prennent tout leur sens. C'est vraiment dans ce cadre-là que nous avons réfléchi à ce projet, puisque nous constations que des jeunes et des familles avaient des difficultés dans le cadre de leur défense, sur base de ces difficultés. Donc il nous a paru tout naturel, à ce moment-là, de réfléchir à une action communautaire, évidemment en partenariat avec les acteurs concernés: acteurs du monde judiciaire et acteurs du monde social du secteur de l'Aide à la jeunesse.

3.Les réussites: la durée et les réalisations

Karine Joliton - Service Droit des Jeunes de Charleroi

Quelles sont les réussites identifiées par rapport à ce projet?

La durée. Je pense que c'est déjà assez enthousiasmant de voir que ce projet s'inscrit dans une certaine durée, que les participants motivés amènent beaucoup d'idées et participent vraiment activement à ce projet. L'autre réussite, ce sont les réalisations qui ont émaillé la vie de ce projet. La première réalisation a été le répertoire « Carrefour Jeunesse », qui est devenu obsolète maintenant, mais comme il est actualisé et qu'il va être mis en ligne sur internet, c'est une deuxième vie qui va être donnée à ce répertoire, qui est utile pour tous les professionnels du secteur. La journée d'étude qui a été organisée le 11 octobre dernier sur un thème qui est cher à l'ensemble des professionnels, la question de la communication entre les professionnels, est une journée qui a connu une réussite assez importante également. Le travail qui se poursuit pour approfondir les questions qui ont été soulevées dans le cadre de cette journée est aussi une réussite, puisque ce sont des thèmes d'actualité, ce sont des thèmes clefs très motivants en termes de réflexion. Je pense que la création du site internet sur lequel nous travaillons à l'heure actuelle, en plus de toutes ces questions à réfléchir, c'est une réussite. Le DVD sur le rôle de l'avocat du mineur qui a été réalisé pour la journée d'étude et qui va être diffusé aussi largement au niveau du secteur, c'est une réussite. Donc il y a vraiment des outils pratiques qui ont été réalisés et qui sont utiles. Également tout le travail de réflexion qui est fait avec une représentativité du secteur, une représentativité des partenaires à ce projet qui est assurée, qui rend les réflexions très riches, et qui permet d'avancer sur des questions communes à tous.

4. Les obstacles

Karine Joliton - Service Droit des Jeunes de Charleroi

Par contre, est-ce qu'il reste encore des obstacles importants dans cette communication entre les partenaires?

Evidemment, les questions qu'on aborde dans le cas de nos travaux sont des questions assez sensibles. Et donc évidemment on est toujours à la marge de pouvoir partir dans des conflits entre institutions, entre positions, chacun ayant un peu ses raisons de pratiquer plus ou moins de cette manière et d'exiger des autres qu'ils pratiquent plus ou moins de cette manière. Donc si les débats ne sont pas menés vraiment dans la transparence, avec des objectifs précis et une méthode précise, on pourrait vite effectivement en arriver à ce que le débat s'interrompe et que chacun reste sur sa position. Je pense qu'il est important aussi de pouvoir maintenir le lien avec le terrain. Puisque le groupe de pilotage tel qu'il fonctionne à l'heure actuelle, a vraiment pour mission d'élaguer des questions, d'élaguer des points de réflexion et de proposer par la suite de partager tout le travail qui a été accompli avec l'ensemble des acteurs du terrain. Ce qui fait qu'on va pouvoir peut-être rester pendant trois, quatre ou cinq mois sans donner vraiment de nouvelles à l'ensemble des services du secteur. Ce qui peut parfois donner l'impression aussi qu'il n'y a plus rien qui se passe au niveau du Carrefour, alors que ce n'est pas le cas. Et donc c'est aussi peut-être une des difficultés, de toujours bien maintenir le lien avec le terrain, de toujours entretenir ce fil-là. Et on espère que le site internet sera un outil pour ça, et on réfléchit également à d'autres modes de communication de nos travaux.