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Carrefour Jeunesse de Charleroi - Une action communautaire sur la circulation de l'information

1. Travailler mieux entre nous

Michèle DRESSE - Directrice du SPJ de Charleroi

Quel était votre état d'esprit au moment du lancement du processus du Carrefour jeunesse? Qu'est-ce qui vous a motivé à y participer?

Il y avait déjà eu une initiative précédente, qui s'appelait déjà Carrefour jeunesse et qui avait tenté de réunir les acteurs principaux du décret et où il y avait eu à un moment un dispersement. Donc il y avait eu un peu un abandon de ce projet-là. Et puis finalement le SDJ a trouvé que c'était peut-être intéressant d'y revenir. Il a proposé aux acteurs du décret de se réunir et de voir s'il y avait des sujets sur lesquels on pouvait avancer très concrètement. Parce qu'on est là dans le concret, on est dans le local. Donc ce qu'on veut c'est faciliter l'articulation entre les différentes personnes qui appliquent le décret. Au niveau local, parce que c'est vrai qu'il est difficile d'avoir une influence sur le niveau communautaire. Donc si on peut déjà travailler mieux entre nous ici à Charleroi, et bien c'est déjà un grand point. Et moi ça m'a motivé beaucoup, parce que c'est clair que plus les articulations sont faciles et plus les familles bénéficient de l'aide qui peut leur être apportée.

2. Les réussites engrangées

Michèle DRESSE - Directrice du SPJ de Charleroi

Quels sont, de votre point de vue, les réussites engrangées par cette initiative?

Je dirais tout d'abord que l'on s'est rencontré dans un contexte convivial. Chacun est venu avec ses a priori évidemment, mais on a pu échanger sur les points de vue des uns et des autres, sur ses difficultés. Chacun a pu mettre des mots sur les réticences qu'il avait à communiquer parfois ou finalement à travailler avec l'autre. Et on a pu constater quand même qu'il y avait de l'huile dans les rouages, très franchement, qui avait pu être mise à ces occasions. Parce que bien sûr la première partie du travail, qui avait trait à la transmission des pièces, a abouti à une journée d'information, le 11 octobre 2007. Il y a eu des actes, et des choses concrètes en sont ressorties. Mais déjà pendant les réunions, il y avait plein de choses qui se passaient. Les gens ont pu se voir parfois en dehors de ces réunions en elles-mêmes. Je pense que c'était en tout cas un pied à l'étrier pour une meilleure collaboration entre tous les acteurs du décret.

3. Les difficultés rencontrées

Michèle DRESSE - Directrice du SPJ de Charleroi

Avez-vous constaté qu'il y avait quand même des difficultés particulières dans le cadre de ces rencontres qui persistaient?

Il y a le fait qu'on n'est pas seul à décider. C'est clair que si le SPJ pense qu'on pourrait avancer sur tel ou tel sujet qui est proposé par un des partenaires, il n'est pas seul à décider. Donc l'administration de l'aide à la jeunesse à un certain moment, a dû être invitée évidemment parce qu'on ne pouvait pas prendre nous-mêmes des décisions importantes. Et donc comme tout ne dépend pas de nous, on est parfois freiné par ce genre de problématique qui n'est pas impossible à résoudre. Mais c'est clair que si l'on avait les coudées franches pour prendre des décisions, on pourrait avancer plus rapidement.

4. La nécessité du travail en réseau

Michèle DRESSE - Directrice du SPJ de Charleroi

De votre point de vue, le travail en réseau est nécessaire, incontournable?

Il est incontournable, parce que si on prend l'exemple du SPJ, les problèmes des familles sont multiples. On voit rarement qu'il y a des jugements avec une seule motivation pour arriver à une mesure prise. Si on voit par exemple une famille qui a des difficultés d'argent, elle va difficilement pouvoir se concentrer sur les problèmes scolaires des enfants. S'il y a une menace d'expulsion, on ne saura pas se pencher sur son vécu et ses problèmes psychologiques qui ont amené par exemple à une maltraitance. Donc il faut que les différents services qui ont chacun leur spécificité puissent faire appel les uns aux autres pour compléter cette aide qui ne peut pas s'appliquer sur un seul domaine, qui doit donc être multiple pour que l'aide soit vraiment efficace. Il faut quand même se souvenir que le code de déontologie impose ce travail en réseau, puisqu'il prévoit qu'il y ait une collaboration entre les services. Il prévoit aussi que l'on organise des réunions. Ces réunions permettent de mieux nous connaître, de savoir dans quelle réglementation, dans quelle législation chacun travaille, et parfois tout simplement de connaître le nom de la personne à contacter. Le code de déontologie prévoit aussi que les familles soient prévenues, qu'il y ait des informations qui soient échangées aussi à leur sujet. Donc ça c'est important. Le code de déontologie consacre plusieurs, quatre ou cinq articles à ce sujet-là, alors qu'il en comporte 15. Donc il y accorde une importance vraiment très grande. Alors, ce qu'on peut dire aussi, c'est que le fait de travailler en réseau amène à une co-responsabilité. C'est-à-dire qu'on ne va pas être le seul à chercher les solutions, on ne va pas être le seul non plus à les appliquer. Et ça c'est quand même une garantie pour la famille, que finalement l'aide va être apportée par plusieurs personnes, avec parfois plusieurs points de vue différents, et je pense que ça peut être rassurant pour elles.

5. Travail en réseau : tout ne doit pas se dire

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Est-ce que vous pensez que tout doit se dire entre les différents intervenants ou pas forcément?

Tout ne doit pas se dire, puisqu'on est tenu au secret professionnel. Le secret professionnel, tout le monde n'y est pas tenu, donc il faut d'abord s'assurer que l'intervenant va avoir les mêmes contraintes que nous à ce sujet. Si on prend les enseignants par exemple, ils ont un devoir de réserve, mais ils n'ont pas le secret professionnel. Donc on ne va pas leur expliquer les mêmes choses qu'un travailleur par exemple de PMS, parce que tout simplement il faut être certain que les informations que l'on va donner vont rester dans le cercle des intervenants, avec l'obligation de ne pas les transmettre. On peut se dire aussi qu'il faut échanger seulement quand c'est nécessaire, et seulement sur les sujets qui sont indispensables à un bon travail. Encore une fois, en prévenant les familles, mais en étant toujours attentif au fait que il faut aussi que les différents services aient le même objectif. Si le CPAS par exemple demande des informations, on sait que lui est attentif à l'aspect financier des choses, ce qui n'est pas le cas de l'aide à la jeunesse. Donc là il faut aussi être très regardant aux informations que l'on va transmettre.

6. Les écueils du travail en réseau

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Selon vous, quels sont les écueils du travail en réseau?

C'est vrai que tout n'est pas rose dans le travail en réseau. On peut dire qu'on constate au jour le jour que lorsqu'il y a par exemple la dispersion du travail, où l'on ne sait plus très bien qui fait quoi, alors on risque de passer à côté de tas de dangers qui peuvent être importants et qui amènent à des drames. On peut se dire aussi qu'il peut y avoir superposition. C'est-à-dire que plusieurs services peuvent faire la même chose, et donc c'est une perte de temps et d'énergie. Il peut y avoir morcellement, avec l'aide dès lors qui va être mal orientée, parce que chacun va travailler sur un sujet différent qui n'est finalement pas le bon. Il y a également le problème de la «patate chaude», où chacun va se dire «ce n'est pas moi, c'est l'autre», et donc là aussi on passe à côté de graves dangers. Et puis il y a un sujet que je trouve important quand même, dont il faut parler en ce qui concerne le travail en réseau, c'est qu'on est quand même dans un État de droit, que les familles ne doivent pas se sentir cernées par tout un tas d'intervenants qui connaissent tout d'elles et qui finalement ne seront jamais tranquilles; seront toujours observées, depuis la naissance de l'enfant jusqu'à ce qu'il devienne adulte. Et je trouve que surtout au SPJ, puisque là on est dans la contrainte, c'est encore plus essentiel qu'au SAJ par exemple, il faut qu'à un moment on puisse se dire qu'il n'y a plus besoin qu'il y ait des échanges d'informations entre les services, parce qu'il n'y a plus de dossiers par exemple, et que, il faut que les familles retrouvent leur liberté. Et en tout cas, en matière d'aide à la jeunesse, moi je suis extrêmement attentive à ça, je suis attentive au fait, comme lorsque les gens sont dans la contrainte c'est qu'ils retournent le plus vite possible dans l'aide acceptée, ou bien qu'ils n'aient plus besoin de nous. Et donc par voie de conséquence qu'ils n'aient plus autour d'eux un tas de services si ce n'est pas nécessaire et si ce n'est pas les familles elles-mêmes en tout cas qui ont été chercher ces services. Donc pour moi en tout cas, l'écueil ce serait de revenir à un paternalisme qui ferait que finalement la population soit entourée par des intervenants qui croient tout savoir, alors que franchement on en est très loin.