Aux confins du confinement :
regarder derrière pour mieux voir devant

Par Jacqueline Fastrès et François Debatty



Dans un premier Carnet Les services résidentiels au moment du confinement : un outil réflexif, nous avons suivi, avec le SRG l'Aubépine, les péripéties vécues par un service d'hébergement tout au long du confinement.

Début juin. Depuis quelques temps, on « déconfine ». Avec ce néologisme1 créé à l’occasion de cette pandémie, c’est une nouvelle tranche de vie entre-deux, ni tout-à-fait dedans, ni tout-à-fait dehors qui commence, ce moment indéfini, qui s’est mis à exister sui generis, et que tout le monde s’est déjà approprié. A cette occasion, nous avons souhaité proposer une réflexion sur ce qu’il y a peut-être à retirer de la période « confinement » pour qu’elle n’ait pas été qu’une parenthèse pénible où on n’aurait fait que « gérer ».

Nous entamerons cette réflexion avec un détour par les travaux de Jacques Ardoino. A quelques semaines d’un autre choc mondial (les attentats du 11 septembre 2001), il présentait, dans un colloque, l’importance, dans la pédagogie et le développement des apprentissages, de différencier étonnement et surprise2. Loin d’être une réflexion linguistique théorique, cet apport est au contraire une base de réflexion pour l’action éducative.

Dans une seconde partie, François Debatty, directeur du SRG l’Aubépine, développera les observations positives de l’évolution des jeunes, des familles, de l’équipe, à la suite des actions mises en place pendant le confinement et souvent basées sur l’imprévu, l’irrationnel et le surprenant.

 

Notes

1-Comme le fait remarquer le lexicographe Alain Grey, spécialiste d’Emile Littré. Cf. « Petit abécédaire des mots qui nous assaillent en temps de pandémie », propos recueillis par Valérie Marin La Meslée, https://www.lepoint.fr/societe/petit-abecedaire-des-mots-qui-nous-assaillent-en-temps-de-pandemie-18-04-2020-2371947_23.php ,publié le 18/4/20 (consulté le 7/6/20).

2-Jacques Ardoino, « Discernement entre pédagogie de l’étonnement et pédagogique de la surprise ? » Colloque AFIRSE de Pau (Formations initiales et continues au regard des recherches de la philosophie de l’éducation), avril 2002.

 


Pour différencier étonnement et surprise, Ardoino se base sur l’étymologie des termes1.

« Etonner vient du latin tonare, tonner, extonare ; c’est, littéralement, l’effet du tonnerre sur notre sensibilité. On y est comme frappé de stupeur. Admiration, stupeur, stupéfaction, ébahissement, nous ne sommes pas très éloignés de la fascination, de l’hypnose, effets que nous attribuerons à une supposée transcendance, fut-ce- celle de chefs d’œuvre, mais qui ne doivent pas faire oublier les risques plus terre à terre de domination. En tout cas, ce ne seront certainement pas les conditions idéales ou optimales de l’esprit critique que nous y retrouverons.

Surprendre est un composé français de prendre (sur-prendre) signifiant : 1° action par laquelle on prend, ou on est pris, à l’improviste ; 2° action d’attaquer à l’improviste ; 3° artifice par lequel on obtient quelque chose en s’adressant à quelqu’un à l’improviste ; 4° émotion, état de celui qui est surpris ; 5° ce qui surprend, chose inattendue ; 6° plaisir ou cadeau fait à quelqu’un, de manière à le surprendre agréablement (Le Robert). »2

Certes, on peut voir des ressemblances, des sens communs aux deux termes, liés aux émotions, à ce qui est ressenti, subi, éprouvé. On pourrait paresseusement les décréter synonymes.3

Mais Ardoino leur trouve des différences irréductibles, qui ont toutes leur importance dès qu’il s’agit de leur impact sur la relation éducative.

 

L’étonnement

« L’étonnement est un état psychologique provoqué par des phénomènes inattendus, que l’on reste incapable d’expliquer, ou, plus simplement, de reconnaître. »

L’étonnement se réfère donc à quelque chose qui vous tombe dessus, cause un choc, qu’il soit positif ou négatif. Ce qui arrive nous ébranle parce qu’il renvoie aux limites qui sont les nôtres : il y a rupture brutale par rapport au connu, au maîtrisé, au prévisible, à l’anticipé, au routinier, au rassurant, qui nous laisse bras ballants, fragilisés, perdus dans la comparaison entre un connu et un inconnu.

« Ce qui provoque l’étonnement, peut être une chose, un son (celui du tonnerre ou la luminosité de l’éclair) mais n’est pas forcément personnalisé, subjectivisé pour autant, notamment parce qu’il est dépourvu d’intentionnalité. » Il n’y a pas d’autre en face, il y a autre chose.

« L’autre de l’étonnement, à la limite, c’est la nature, qui est bien la première expérience humaine de l’altérité, du fait de l’incommensurabilité des forces mobilisées par celle-ci, opposant, mais de façon impavide, indifférente, sans désirs ni stratégies, des limites au sujet (un des sens profonds de l’autre en tant que valeur : l’expérience des limites rencontrée par chaque subjectivité). »

L’autre est ici « abstrait, épistémique, universel, mais évidement dépourvu, dans ces conditions, d’intentionnalité, de volonté, de désirs, propres, particuliers, singuliers. »

 

La surprise

Pour Ardoino, « il subsiste dans la surprise quelque chose d’irréductiblement différent, parce que non nécessairement contenu dans « l’étonnement », c’est-à-dire la relation concrète, vivante, bien marquée entre le sujet et l’autre. La surprise est impensable sans altérité explicite. La construction du terme surprise implique l’action, fonction, elle même de l’autre humain, co-présent dans la situation, au moins autant que l’état, et de ce seul fait, suppose l’interaction. »

Là où l’étonnement est provoqué par quelque chose de dépourvu d’intentionnalité, « l’intelligence de la surprise est toujours plus ou moins phénoménologique (…) Il y a jeu, conflit, entre plusieurs consciences. ». On se heurte à l’autre humain, « désirant, sensible, pulsionnel et ré-pulsionnel, stratégique, calculateur », qu’il s’agit de prendre en compte. L’autre est alors « hétérogène et non plus seulement différent (qui peut marquer la distinction sans sortir du même) ».

Par toutes ses caractéristiques essentielles, l’étonnement reste pur. « Je suis étonné, incontestablement ému, peut-être bouleversé, mais mon identité reste encore relativement intacte. Je suis affecté, mais non encore vraiment altéré. La surprise introduit l’idée de mélange, avec la prise de conscience de la réalité de l’autre. Au delà du choc initial, s’ouvrent, désormais, des possibilités d’hybridation et de métissage (...). Création, transformation, changement, s’entrevoient possibles à partir de la reconnaissance d’un pluriel longtemps répudié, refusé, qui se trouvait, par ailleurs, refusé, nié, au nom d’une éternité et d’un ordre rassurants. (…) L’altération, action plus qu’état, comme dans altérité, s’y révèle profondément heuristique quand il s’agit de transformation ou de « modification » (Michel Butor). »

Là où l’on est affecté par l’étonnement (touché, bouleversé, empêché, autrement dit tourné vers l’intérieur), on est altéré par la surprise (transformé, rendu autre, mis hors de soi, tourné vers l’extérieur).

« Psychologiquement, psychosociologiquement et sociologiquement, je suis altéré (et lui, de son côté) quand l’autre m’influence, quand il m’apporte ou quand je lui prends, quand nos idées respectives s’entrecroisent, s’opposent, se combattent, se confrontent, à travers les échanges, les rencontres, au cœur même des situations et des pratiques. Il n’y a proprement, là, métissage culturel, ni fusion, ni synthèse, ni assimilation, ni intégration, mais pluriel à la faveur duquel, c’est, chaque fois, et pour chacun, l’autre qui pose des limites aux fantasmes de « toute puissance », voire de solipsisme ou d’autosuffisance. »

Là où l’étonnement demande une explication, la surprise convoque l’implication. « Nos identités s’élaborent ainsi, plus encore qu’elles ne se construisent, autant, sinon plus, à partir de l’autre, des autres, que de nous mêmes. Cette « expérience des limites » est l’une des conditions les plus fondamentales d’une formation personnelle, effectivement soucieuse du cheminement propre accompli par chaque sujet, pris, ici, dans sa particularité et sa singularité, c’est à dire dans son histoire et dans son vécu, avec ses caprices, ses aléas et sa fantaisie, et non seulement représenté en fonction de trajectoires modélisées et rationalisées d’un être humain ontologique et universel. »

 

Tableau récapitulatif

 

 

 

Etonnement

 

Surprise

 

Statut

 

Etat psychologique

 

Action/Interaction

 

Déclencheur

 

Une chose dépourvue d’intentionnalité

 

Un conflit entre plusieurs consciences,
une altérité explicite

 

Le choc

 

Le nouveau
le différent

 

l’autre humain l’hétérogène

 

L’autre

 

Abstrait, universel « la nature »
(y compris humaine)

 

Concret, spécifique « l’humain »
dans sa trajectoire hic et nunc

 

Conséquence

 

On est affecté

 

On est altéré

 

Réaction

 

Explication

 

Implication

 

Covid19 : l’étonnement majeur

L’article d’Ardoino, écrit quelques mois après le 11 septembre 2001, paraît fort actuel à plus de 10 semaines du sauve-qui-peut général du 17 mars 2020, qui nous a tous jetés précipitamment sur les routes pour rejoindre nos domiciles où nous avons vécu terrés, rivés à nos écrans, professionnels et médiatiques, en état de sidération. C’est bien un terrible étonnement qui s’est emparé de nous tous : nous avions entendu parler (nous en entendions parler tous les soirs aux infos) de ce virus qui nous a fait découvrir une ville chinoise inconnue de beaucoup d’entre nous, bien qu’étant une mégalopole aussi peuplée que la Belgique. Mais c’était loin. Et nous nous sentions en sécurité, à l’autre bout du monde. Ces choses-là, ça n’arrive qu’aux autres. Ces autres dont nous ne nous préoccupons guère, ces autres que nous préférons voir différents plutôt qu’hétérogènes. Ces autres auxquels nous ne nous frottons pas, entités un peu abstraites. 11 millions d’habitants, une entité abstraite. Statistique.

Et bien que le danger se rapprochait, nous n’arrivions pas à y croire. La vague enflait, arrivait en Europe, remontait depuis l’Italie, et nous n’y croyions toujours pas. Ce virus, ce quelque chose dépourvu d’intentionnalité, anesthésiait nos capacités critiques.

Et ça nous est tombé dessus. Dans pandémie il y a « pan !». Ce coup de fusil que nous nous sommes tous pris en pleine figure, avec la déclaration du conseil national de sécurité : confinement ! Et sauve-qui-peut, bureaux abandonnés, calendriers bloqués sur la date fatidique, et rues désertes.

Dans tous les secteurs, nous avons vécu l’expérience de cette terrible limite : ne pas être capables de réagir, si ce n’est d’agir tout court. Ne pas savoir quoi faire. Sauf que certains secteurs n’ont pas eu d’autre choix que d’être sur le pont, tout de suite. De faire quelque chose, parce qu’en face l’autre humain nécessitait qu’on le fasse.

Il a fallu du temps pour que les effets de la foudre s’estompent, nous permettant de nous ébrouer. Maladroitement bien souvent. Pas capables de penser autrement qu’avant mais plus capables d’agir comme avant. Avec des balises et des principes qui nous guidaient depuis longtemps, soudain inopérants, incongrus, inutiles, voire contreproductifs. Des principes et des balises qui continuaient à courir sur l’ère, comme des paquebots qui n’arrivent pas à s’arrêter, quittes à se prendre l’iceberg, pourtant annoncé. Nous laissant une seconde fois sidérés : que faire quand ce qui était réputé marcher ne marche plus, est déstabilisé, rendu impossible ? Se contenter, comme Fernand Deligny le dénonçait déjà, de « la solution unique et tragique qui s’impose faute de mobilité » ? Se contenter de regarder « le reste du monde qui s’en va à la dérive sans qu’on fasse un geste pour sauter sur ce qui tourne »4 ?

Alors, peut-être, ne reste-t-il que la surprise ? L’acceptation de prendre les choses comme elles sont ? Les gens comme ils sont, là où ils sont ? Sauter sur ce qui tourne ? Sauter sur l’occasion ?

La surprise serait-elle l’antidote à l’étonnement, en permettant « une onde, un frémissement un mouvement léger à peine perceptible qui est un immense soulagement car il suffit à me faire basculer dans un mouvement retrouvé et le monde vivant qui m’attend. (…) Ce premier geste balbutié est une clef qui m’ouvre toutes les circonstances qui m’attendent et non une petite lucarne sur moi-même. »5

 

Notes

1-Ardoino a choisi le Robert pour asseoir ses définitions. Pour notre part, nous y préférons le Littré, plus complet et plus documenté.

2-Jacques Ardoino, « Discernement entre pédagogie de l’étonnement et pédagogique de la surprise ? » Colloque AFIRSE de Pau (Formations initiales et continues au regard des recherches de la philosophie de l’éducation), avril 2002. Dans la suite du texte, les citations d’Ardoino concerneront toutes cet article.

3-Le Littré nuance cependant : « La surprise est ce qui saisit à l’improviste ; l’étonnement est ce qui étourdit, crée un ébranlement moral. Par conséquent, la surprise est plus faible que l’étonnement ; on peut être surpris sans être étonné. La surprise est aussi autre chose que l’étonnement : être surpris c’est voir ce à quoi on ne s’attendait pas ; être étonné, c’est en recevoir un certain coup qui arrête et ébranle. »

4-Fernand Deligny, Graine de crapule, suivi de Les vagabonds efficaces, Paris, Dunod, p 205.

5-Idem, Ibidem.

 


Cette période « Covid » a mis en lumière et en évidence les opportunités et les limites du modèle de fonctionnement de notre société organisée par des plannings, des prévisions, des objectifs à atteindre, des procédures, des directives… En d’autres mots, une logique rationnelle et instrumentale dont :

  • le rythme et les effets ont été malmenés par l’« étonnement Covid »,
  • les actions et réactions ont soutenu et permis la lutte collective contre le virus,
  • les actions et réactions m’ont aussi semblé, parfois, éloignés des rythmes et besoins humains.

Au-delà de notre modèle organisationnel et de sa façon de réagir à une crise inattendue, cette dernière a aussi mis en évidence les échecs, les erreurs, les manques, les inégalités et leurs renforcements, criants et faisant partie de notre modèle de société actuel.

Je ne veux pas négliger ces échecs, ces erreurs, les améliorations possibles et nécessaires, la mise en évidence des inégalités vécues, produites et renforcées ni les causes, les résultats et les questions posées par cette période.

Je ne veux pas non plus m’emparer de ce virus et de l’état de siège dans lequel il nous a placés pour crier plus fort qu’avant « qu’il nous faut plus de moyens pour faire encore un peu plus de la même chose que ce qu’on n’arrivait pas déjà à bien faire avant ».

Non, je voudrais simplement que ce virus nous donne l’idée de valoriser et d’investir justement dans le secteur à profit social dans son ensemble, et à mon niveau dans l’aide à la Jeunesse en particulier, mais ceci pour permettre un travail de qualité qui ne soit pas « comme celui d’avant », mais qui soit bien « un travail d’aide à la jeunesse actualisé, qui tienne compte des apprentissages de la crise Covid et des avis « 2020 » des jeunes, des familles, des équipes ».

En d’autres mots : utiliser le fait qu’on a « s.u.r.v.i » (-survécu-) au « v.i.r.u.s » pour ne pas attendre un prochain cataclysme pour mettre en question, clairement et qualitativement, notre travail d’aide et de protection de la jeunesse.

Un travail d’aide à la jeunesse qui se donne les moyens de se voir autrement, et plus particulièrement un hébergement qui se donne la possibilité d’être un réel outil appartenant aux familles et aux jeunes et de conjuguer, pour tous les jeunes, deux dimensions fondamentales pour qu’un hébergement puisse prétendre aider un jeune : l’éloignement du milieu familial conçu par les adultes et le jeune comme une opportunité, même minimale ET la collaboration entre les adultes : parents et équipes du réseau d’aide, même minimale.

Un hébergement ne réunissant pas ces deux dimensions-là pose, particulièrement lorsqu’un virus nous oblige à « nous confiner en sécurité là où nous sommes censés être en sécurité sans le vivre comme une opportunité portée ensemble », des questions auxquelles il m’apparaît complexe de répondre sans malmener, d’une façon ou l’autre, le droit du jeune et des familles.

Mais l’idée générale de ce carnet sera, plutôt et pour s’emparer d’abord des apprentissages et idées surprenantes générés par cet état d’étonnement, de prendre aussi le temps de se poser la question des occasions de réussites liées à cette période inédite et particulière, précisément par sa composante « imprévue, imprévisible et irrationnelle »…

Je voudrais proposer de prendre le temps de ce carnet pour mettre à l’honneur, aidé par les observations synthétisées dans l’outil « structure croisée édité au 05 Juin 2020 », le côté «  clair » de la force – covid, car 2 observations m’y invitent : les paroles positives, les belles idées, les avis et les énergies incroyables des jeunes, des familles et des équipes pendant cette période d’une part ; l’observation de la qualité des « changements produits potentiels » par cette période sur les cheminements dans les points de vue et dans les actions pratico-pratiques des jeunes, mais aussi sur ceux des familles et des équipes…

Simplement, et de mon point de vue de directeur d’un SRG, en partant du postulat suivant : une période imprévue et imprévisible, parce qu’elle nous place de fait et sans contestation possible, dans un fonctionnement « hors des radars des prévisions, stratégies et autres implémentations méthodiques et rationnelles », doit produire des impacts qui, eux aussi, peuvent s’avérer en dehors de ce qu’on aurait prévu dans un contexte « prévisible » ou conforme à « ce que nous avons l’habitude de vivre ».

Comme une route barrée par des travaux nous amène, en partant travailler le matin, à vivre et rencontrer des choses pas prévues en quittant notre domicile (être en retard, être énervé, devoir chercher et trouver un autre chemin, voir d’autres paysages, respirer d’autres odeurs, etc., etc.), la période COVID, que nous le voulions ou non, a dû avoir des effets aussi imprévus qu’imprévisibles.

Tentons, dans ce carnet, de nous arrêter sur la face positive, les réussites et autres bonnes idées, de ces imprévisions ; de sorte à en faire, pourquoi pas, le ferment d’une actualisation de l’aide avec hébergement qui souhaite tenir compte, au mieux qu’elle peut, de ses limites, de ses opportunités, des bonnes idées des jeunes, des familles, des équipes, et des chemins alternatifs d’accompagnement dessinés par l’imprévisibilité du contexte Covid.

Pour ne rien vous cacher, le modèle « moins habituel » ou « hors des plans et matrices dictés par certains champs de la connaissance ou du pouvoir, et moins par d’autres » m’intéresse particulièrement, en tant que personne et aussi en tant que directeur de SRG.

A l’Aubépine, lorsque nous le pouvons et en parallèle avec d’autres registres de fonctionnement collectif, nous essayons de laisser la possibilité aux choses d’arriver « par surprise également », parce que parfois, ce sont ces dimensions-là qui dominent toutes les prévisions, recommandations et autres dispositions réglementaires, étudiées ou préconisées.

Par exemple :

  • se lancer dans un projet sur base d’une idée motivante concrète, sans savoir d’emblée où cela nous mènera ou si cela est argumentable et incontestable de tous les côtés ;
  • suivre l’intuition d’un jeune, de l’équipe, d’une famille relativement à la direction du projet d’un jeune, quitte à se tromper pour pouvoir ensuite mieux accompagner ce jeune ;
  • organiser une fête à l’extérieur sans compter sur les prévisions météo de Google mais aussi sur le fait que ça se passera bien et au soleil dans tous les cas ;
  • s’investir en temps et en moyens, sans compter ou prédire, dans divers projets toujours reliés aux besoins des jeunes, en comptant sur « la magie » des rencontres, idées et actions collectives pour réguler l’investissement intuitif réalisé au départ par les qualités produites au fil du temps par les « rendus divers et exponentiels de l’investissement flou de départ » ;
  • ouvrir les portes d’une institution dont l’essence est la protection, la sécurité, l’éloignement des risques… et compter sur les surprises et l’imprévu s’engouffrant par les « autres » passant cette porte ouverte pour améliorer l’énergie collective, la modifier, l’alimenter… ;
  • etc.

Ce sont des exemples, en vrac, d’actions collectives menées par l’équipe qui ne sont pas, de façon assumée, uniquement prédites, planifiées et censées produire un résultat attendu déterminé.

Comment expliquer, effectivement et durablement, un changement familial soutenable pour un jeune, un projet de vie se dessinant avec talent, un projet prenant forme sur base d’énergies divergentes qui se relient, une fête réussie ou n’importe quelle action individuelle ou collective positive sans tenir compte que, quelque part au milieu des prévisions, plannings, stratégies et autres analyses, s’est glissé quelque chose de l’ordre du hasard, de l’énergie, de la nature, du ressenti… en d’autres mots, de la « surprise ».

Et pourquoi ne pas l’assumer un peu plus, un peu mieux, ou au moins déjà un tout petit peu ?

A l’école, à la haute école, à l’université, y a-t-il une place suffisante laissée à « la surprise » ?

Je ne le pense pas.

Et pourtant, bien malin celui qui pourra, même bardé de diplômes nombreux et d’expériences pratiques multiples, m’expliquer de A à Z l’histoire de la poule et de son œuf, celle de l’humain et de l’univers, celle de la genèse des idées ou celle de quoi que ce soit de vivant, sans se retrancher à un moment ou l’autre, si petit soit-il, derrière l’argument « magique », « intuitif », « spirituel », inexplicable par des prévisions, des objectifs et des résultats attendus… Une part de surprise, inexplicable, constitue notre monde et la vie qui s’y déploie.

Il est vrai que l’école nous permet de suivre des formations relatives à la citoyenneté, à la philosophie, aux religions et à toutes ces matières qui dépendent des humains et de leurs accords collectifs ou plus ou moins collectifs pour expliquer ce qu’ils vivent. Mais qu’en est-il des autres cours, ceux d’économie, de mathématiques, de français, de sport, de dessin, de langues… Prévoient-ils, dans leurs nombreux modèles explicatifs rationnels, de faire du champ de la surprise et de l’imprévisible une des composantes indéniables de leurs explications ? J’ai sans doute manqué d’assiduité à l’ensemble des cours que j’ai, peu attentivement, suivis. J’ai une très mauvaise mémoire. Mais je suis sûr d’avoir beaucoup de souvenirs d’adultes qui m’apprennent avec passion que « il n’y a qu’à », « il vous faudra », « il suffit dès lors de », « cqfd », « voilà donc comment on peut expliquer que… », « moi j’ai déjà fait beaucoup donc je sais… », « ça fait 25 ans que je, donc je sais », etc. J’ai bien moins de souvenirs d’adultes qui m’apprennent aussi, en assumant avec passion, que « tout est possible ! », « essayons – sans savoir vraiment le résultat attendu », « ça je ne sais pas, c’est « magique », nul homme ne l’a compris avec certitude et tous les hommes se posent la question, ça fait partie de la vie ».

Oui, Socrate nous disait déjà « Je sais que je ne sais rien », et nous l’avons tous appris à l’école ou en d’autres lieux, mais en avons-nous suffisamment inspiré nos modèles d’explications et de sens ?

N’aurions-nous pas intérêt de commencer, humblement, par mieux assumer cela, pour en tirer, peut-être, de nouvelles façons de construire nos idées et actions ?

Et si la période « COVID » telle que celle que nous venons de traverser et poursuivons d’aplatir, était une opportunité pour ce champ de la surprise de prendre place, en collaboration avec les autres champs d’explications, dans nos modèles d’organisation et de compréhension collectives ?

Ceci dans le sens où chacun, du jour au lendemain et dans le cadre évolutif des directives et mesures collectivement édictées pour lutter contre le virus, a dû également se souvenir de la possibilité de laisser les choses se faire, par nature et par surprise également, sans connaître exactement ni les raisons pour lesquelles les choses étaient faites, ni le résultat précisément produit par ce qui était en train d’être fait, à propos de ce truc dont on ne sait pas exactement ce qu’il est ni sera…

Dans tous les cas, cette période « floue » a été une occasion d’occasions inhabituelles, potentiellement « surprenantes » dans le sens « à impacts ni prévisibles ni souhaités a priori »…

Dans l’optique proposée ci-dessous, je proposerai ici de prendre le temps d’observer, de mon point de vue de directeur de SRG, les impacts observés « positifs, souriants, agréables, inattendus mais portés par le jeune et sa famille », a posteriori, de l’obligation de notre service de fonctionner en « mode surprise », de façon directement reliée à ce foutu virus, et en lien direct et prenant son sens par-là, sur l’accompagnement avec hébergement de mineurs y ayant droit.

Cet exercice visant, par l’utilisation de l’observation de ce que nous avons fait « surpris par ce virus », à soutenir la mise en perspective nécessaire et permanente de notre action collective prétendant lutter contre les inégalités en aidant les jeunes à devenir ceux qu’ils souhaitent malgré les difficultés et avec l’aide d’un éloignement temporaire de leur milieu familial de vie, participatif.

 

Observations des impacts de la période de crise Covid (relevées par l’équipe de coordination : François Debatty et Stéphanie Parmentier)

Je propose de fonctionner en énumérant, le plus simplement et clairement possible, les impacts relevés positifs. Je ferai l’effort de ne pas les compléter par des « mais... », « Malgré.... », afin de faire uniquement ce que ce carnet prévoit, à savoir observer les effets imprévus d’un contexte imprévu, positifs du point de vue de la participation des jeunes, des familles, des équipes à la précision de leur dispositif d’aide incluant une mesure d’hébergement.

1. Impact observés chez les jeunes et leurs familles

  • Participations lucides des jeunes et des familles, dans l’urgence du 18 mars, à des projets de « confinement » à inventer avec l’équipe du SRG, rejoignant la direction du dispositif d’aide en cours.
  • Présence des jeunes, mobilisés par la crainte ? par la surprise ? par le défi ? par l’étonnement, sécurisés par l’équipe ? par eux-mêmes ? par leurs familles ? par les « directives » ?, présence pour inventer avec nous le « milieu de confinement » le plus adapté possible à leurs besoins du moment, et conforme au cadre actuel de leurs programmes d’aide.
  • Dans le chef des familles, pas de positions « d’abus du contexte du confinement », qui ne modifie en rien la teneur des mandats consentis ou contraints d’éloignement temporaire du milieu familial.
  • Respect par les jeunes et les familles des nombreuses directives (SRG, école, famille, CNS) pourtant très étonnantes et parfois très « incroyables » si on les regarde avec un regard d’« avant Covid19 ».
  • Positions sujettes des jeunes et des familles, questionnant des adultes n’ayant pas de réponses, si ce n’est celle de faire au mieux que nous pouvons pour rester en bonne santé, bien dans nos baskets et en tentant de garder en tête nos idées et positions, notamment relatives aux droits, également hors santé sanitaire, des jeunes.
  • Appels à l’aide nombreux des jeunes et des familles vers l’équipe.
  • Appels précis de soutiens divers et nombreux.
  • Propositions nombreuses et majoritairement soutenables pour tous, de la part des jeunes et des familles, pour que la période « confinement » soit soutenable, en passant par des allées et venues entre divers lieux de confinement, sans les mettre à mal.
  • Participations des jeunes aux trajectoires scolaires (repli, ouverture, etc.). Disponibilité des jeunes pour reprendre le chemin de l’école quand possible. Participations des familles aux modalités de cours à distance, quelles qu’elles soient.
  • Positionnement du jeune et de la famille dans le dispositif d’aide modifié par le Covid adapté en cours de confinement, avec des demandes observées en fin de confinement de « revoir les termes et modalités de la mesure d’éloignement ».

Plus particulièrement, au niveau des jeunes :

  • Participation des jeunes, demandes de leur part pour « adapter les modalités d’hébergement » en fin de période covid pour « ne pas revenir à la situation d’avant et tenir compte des apprentissages imprévus de cette période imprévue :
    • confirmation avec précision de temps d’hébergement nécessaire en SRG ;
    • consolidation d’un accueil hybride entre hébergement et réseaux d’aide et/ou de soutien ;
    • mise en projet et planification d’un retour en hébergement ;
    • consolidation du réseau d’aide et/ou de soutien ;
    • etc.
  • Les jeunes ont eu des occasions1 qui, nous semble-t-il, ont été condensées, rapprochées, intensifiées par la crise. Un jeune a poussé loin sa passion pour la cuisine : cuisine turque avec notre volontaire européenne confinée, cuisines quotidiennes pour le service, pâtisseries et desserts quotidiens, participation à un atelier cuisine avec un cuistot confiné, accueil de sa maman pour un restaurant gastronomique et distancié dans la yourte durant le confinement, date bloquée pour une nuitée à passer en boulangerie… ; divers jeunes ont crié leurs besoins de vélos, de vêtements de sports, toujours possibles mais souvent moins prioritaires pour eux. Les vélos ont été réparés, achetés, les chaussures de sport ressorties, les jeunes ont activement participé aux tâches extérieures et intérieures (nettoyage, cuisine, hygiène), participation à des chantiers particuliers (Potager, construction de meubles Cocorona, etc.). Une jeune a mobilisé son vélo pour effectuer les trajets SRG-Famille par le ravel seule, un jeune a avancé dans son projet de vie et de passion en se dotant de matériel de sono pour poursuivre son rêve d’organiser une soirée, une jeune a appris, seule, à se retrouver seule en KOT, surprise à ses 18 ans par le virus l’obligeant à vivre loin de l’équipe le passage douloureux vers le monde adulte au milieu des contextes « distancés » nombreux (des CPAS, allocations familiales, etc.) ; des jeunes ont pris le temps correctement de colorier, dessiner, chanter, jouer, etc. ; les jeunes ont rangé leurs chambres, triés leurs habits, etc., etc., ...

 

  • Paroles des jeunes « grâce au confinement… » :
    • « Je me suis rendu compte que je pouvais me débrouiller sans le foyer »
    • « J’ai pu vivre un long moment en famille et me rendre compte que cela me faisait du bien »
    • « Être éloignée de ma sœur physiquement m’a permis d’améliorer mes relations avec elle »
    • « Je me suis rendu compte que les éducateurs me manquaient, j’ai eu peur qu’ils tombent malades »
    • « J’ai pu vivre les mêmes moments en famille que mes frères et sœurs »
    • « J’ai appris à respecter des directives sanitaires »
    • « J’ai compris que l’Aubépine était présente pour moi, même si je n’y était pas physiquement »
    • « J’ai pu vivre une expérience dans une famille »
    • « J’ai pu être entendu dans mes idées et propositions »
    • « J’ai eu plus confiance en moi et j’ai envie d’avancer dans mon projet d’autonomie »
    • « Mes parents ont repris contact avec moi et j’ai pu leur parler calmement »
    • « Je me suis rendu compte que je m’inquiétais de la santé de ma famille et qu’ils étaient importants pour moi »

 

  • Paroles des familles « grâce au confinement… » :
    • « Je vous remercie de nous faire confiance pour prendre soin de mon enfant »
    • « Je me rends compte que l’Aubépine est attentive à notre bien-être et celui de notre enfant durant cette période »
    • « Nous nous sommes rendu compte que vous étiez là pour nous pour nous aider en déposant des jeux, de la nourriture, des idées pour apaiser les tensions, … »
    • « Malgré les fermetures de beaucoup de service d’aide nécessaires, nous avons vu que vous étiez toujours présents et réactifs en cas de problème »
    • « J’ai pu me rendre compte des difficultés d’un retour de mon enfant sur du long terme. Je me remets en question sur ma façon d’agir avec mon enfant »
    • « Moi après ça, je pense que mon enfant ne reviendra pas au SRG, on ne va pas pouvoir laisser cela comme ça »
    • « Dites, comment on va faire avec le déconfinement, il faut qu’on se voie »

 

2. Impacts observés sur l’équipe

  • Sentiment d’avoir été « protégés », entendus dans cette période si particulière.
  • Rester calme grâce aux directives claires du service : protection, bienveillance et permanence de l’accueil. On fait au mieux qu’on peut sans s’énerver. On verra où ça nous mènera.
  • Se rendre compte de l’importance de notre travail.
  • Mobilisations permanentes et différentes des « modèles habituels » : travail en mode « camp » ( = plusieurs journées de suite dans l’institution), travail en mode « hors la loi » ( = plus de 11 h de prestation de suite), travail en « équipes-silos » ( = gestion de la semaine par une équipe, de la semaine d’après par une autre), interventions nombreuses en extérieur au sein des milieux de confinement externes ou hybrides, mobilisation supplémentaire pour soutenir le lien et le travail scolaire, le lien et le travail familial, le lien et le travail thérapeutique, le lien et le travail personnel, projets, idées, etc.
  • Amplification des propositions et actions créatives : jeux, cuisine, ateliers, moments détente, projets, chantiers, constructions, sports, …
  • Sérénité, calme, rapidité et qualité d’adaptation collective aux modalités de travail changeantes, surprenantes et impactant la santé et la sécurité professionnelle et personnelle.
  • Utilisation du moment « surprise », vécu entièrement pour ce qu’il est et ce qu’il permet. Pas de perte de temps à « souhaiter que cela soit fini », « revenir à l’anormal » (sic), etc.
  • Propositions permanentes, créatives, sécures et sereines envers les jeunes et leurs familles.
  • Accords collectifs pour les différentes décisions prises dans le cadre des directives sanitaires/légales/mandatées, parfois sans pouvoir respecter littéralement ces directives, en les interprétant au mieux que nous le pouvions, en tant que nous, SRG Aubépine.
  • Solidarité, bienveillance et respect mutuel des rythmes et positions professionnels, personnels et familiaux légitimement différents pour chacun.e.

 

3. Impacts observés sur nos fonctionnements collectifs « SRG » :

  • Pas de position de « repli sur nous-mêmes, sauve qui peut ça brûle ».
  • Positions d’ouverture.
  • Consolidation des positions d’accueil, d’ouverture des portes et d’expérimentation, même en période de crise.
  • Consolidation du service « SRG », prise de recul sur le sens et les fondements de nos interventions + utilisation de la structure croisée « confinement » et de la structure croisée « débuter une aide avec hébergement », alliant la participation des jeunes et des familles et la qualité de l’aide qui prétend leur être due.
  • Période permettant, bien mieux et bien plus que « d’habitude » ce que nous revendiquons, à savoir essayer, tenter, se tromper, recommencer, avec les jeunes et les familles, sur les fondations de leurs droits, limites, idées et compétences.

 

4. Impacts observés sur nous, coordinatrice et directeur :

  • Nous rendre compte que nous pouvons, en équipe, traverser n’importe quelle crise.
  • Prendre conscience encore plus de l’importance de notre travail au sein de la société.
  • Grâce à cette crise, les compétences des jeunes et des familles ont été mises encore plus en évidence.
  • La mise en lumière des capacités des jeunes, des familles, de l’équipe de s’adapter, de créer, d’innover.
  • Apprécier l’obligation de devoir passer d’un modèle de fonctionnement « prévu et prévoyant même les surprises » à un modèle de fonctionnement « surprenant qui amène des prévisions et des imprévisions ».
  • Préciser et consolider mon point de vue sur le travail d’aide à la jeunesse, sur le travail en général en tant qu’action sensée, que passion, que besoin et nécessité, sur les priorités et dominations de notre société et sur les possibilités et moyens de participer, humblement mais concrètement, aux choix de ces priorités et à la volonté d’être, le moins possible, dominé ou dominant.
  • Passion de participer, en cours de crise, aux nécessaires questionnements collectifs (fédération, services de formation, équipe, secteur, réseau), à tout le moins ceux qui ont été possibles à questionner pratiquement (mail, vidéo-conférence, réunions…).
  • Nous ne souhaitons pas « planifier », prédire, organiser à l’année, parce que nous savons que notre travail change chaque jour, et nous souhaitons ces changements pour les jeunes et les familles ! Mais nous avons vu, avec le Covid, qu’il était aussi possible de mieux « surprendre », de mieux « essayer », de « mieux se tromper ». J’espère que cela nous aura appris à mieux bricoler pour accompagner les jeunes et leurs familles avec qualité.
  • Réelle motivation à réfléchir à des façons de rendre « planifiées et planifiables » des temps « COVID », réguliers, à l’avenir, pour ne plus rester, un temps même un tout petit peu trop long, sans se donner les moyens d’une nouvelle occasion pour un jeune, d’un effet surprenant pour une famille, d’une intervention collective étonnante !

 

Je me disais, avant, que je changerais de boulot le jour où j’aurais l’impression d’enfiler des pantoufles en venant bosser. Je me dis aujourd’hui que le jour où j’aurai des pantoufles, avant de rendre ma démission, je commencerai par m’imaginer qu’un virus nous place en confinement, assuré par les surprises que mes pantoufles pourraient produire, avant de me diriger vers le canapé pour regarder une série...

 

Notes

1-Pour Fernand Deligny, l’éducateur est un pourvoyeur d’occasions qui permettent au jeune de voir le monde et soi-même différemment. « Créateur de circonstances, voilà l’éducateur aux prises avec toutes les inerties. Bon courage. Je lui conseille de se garder un mode d’expression personnel. Ne serait-ce que pour absorber cette petite mousse de délire qui bulle autour de toute action intense.
Lorsque j’étais responsable d’un centre ou d’un pavillon, il m’est arrivé de me sentir compositeur. Il m’est arrivé de confondre collectivité d’enfant et jeu d’orgue. Naissait une musique de révolte ornée d’humour qui formait autour de moi une bulle, un univers où je vivais à l’aise. Escroquerie aux vies confiées. ». Fernand Deligny, Graine de crapule, suivi de Les vagabonds efficaces et autres textes, Paris, Dunod, 2004, p. 212.

 

 


Annexe : Les évolutions des trajectoires des jeunes à l’Aubépine, du 18 mars au 5 juin