Depuis quelques années, on constate une transformation de la vision de la personne aidée, notamment à travers l'émergence de la figure de l'usager-client. Cette transformation ne se limite pas à un changement de terminologie. Elle contribue à redéfinir le statut de la personne mais également la nature de la relation d'aide. Cette vision de la personne aidée comme usager-client nous apparaît contestable parce qu'elle porte en elle une remise en cause du travail social, l'abandon de toute ambition pédagogique, la marchandisation des interventions sociales, la solvabilité des personnes, etc.
Les travaux récents de Jean-Pierre Le Goff consacrés au succès ambigu de la thématique du harcèlement moral, aux conflits sociaux de grande ampleur qu’a connus la France (notamment en 2003), au rejet français du Traité relatif à la constitution européenne, au bilan de la gauche française, à l’analyse du pouvoir dans les démocraties ou à l’héritage laissé par le mouvement de mai 68 permettent de tenter de systématiser une série de questions relatives aux actions et acteurs du contre-pouvoir dans les sociétés européennes.
Nous pensons que nous nous trouvons dans une autre phase de l'analyse institutionnelle que celle qui a occupé le devant de la scène dans les années soixante. A cette époque, le pouvoir était identifié à l'ordre et l'analyse institutionnelle consistait le plus souvent à faire entendre les voix discordantes qui tentaient, tant bien que mal, de s’exprimer à l’intérieur de l’institution qui entrait en analyse.
Aujourd'hui, le pouvoir s'exerce majoritairement par le mouvement, c'est-à-dire par l'obligation de changement; il est par ailleurs devenu plus intensif (il pénètre loin dans la sphère du sens et des valeurs) et extensif (il concerne tous les domaines de l'existence). Chaque citoyen, par exemple, est de plus en plus invité à se considérer comme un capital à développer, tant mentalement que physiquement et ce dans un mouvement illimité. Pour les citoyens les plus fragiles, le respect de cette obligation conditionne même l'accès à de nombreux droits (exigence de « relooking » à l'égard des allocataires sociaux, exigences d'« activation », etc.). Chacun (et dès le plus jeune âge) doit se comporter comme un « petit entrepreneur de son existence » (selon la formule de Pierre Bourdieu).
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Nous observons depuis quelques dizaines d’années la conjonction de deux tendances: un changement de conception du rôle de l’Etat, invité à s’alléger de toutes sortes de manières (et donc à se désengager d’une série de terrains, missions, si ce n’est de secteurs); la tendance à la professionnalisation des institutions composant l’acteur associatif.
Tentative de synthèse des travaux que nous avons menés ces deux dernières années, en partant d'une question «simple» : y a-t-il un conflit central dans nos sociétés, analogue au conflit qui a opposé patronat et mouvements ouvriers dans la société industrielle ?
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